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100 bougies pour l’AFO

Grande assemblée de protestation contre Mgr Fallon à Pointes-aux-Roches, le 30 septembre 1917. Nommé évêque du diocèse de London en 1910, il appuie fortement le Règlement 17. Les ouailles de Mgr Fallon expriment surtout leur mécontentement via leurs curés, qui écrivent des lettres contre leur évêque. Fallon réplique en les amenant devant un tribunal diocésain. Certains prêtres se rétractent ; d'autres sont suspendus ou expulsés du diocèse. - Courtoisie Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l'Université d'Ottawa - Fonds ACFO Créée le 20 janvier 1910, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) célébrera au cours des prochains mois son centenaire. Demain, dans le cadre de son forum annuel, l’organisme de défense des intérêts des Franco-Ontariens dévoilera la programmation de ses festivités.

Bien du chemin a été parcouru depuis la création de l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFÉO), au premier Congrès général des Canadiens-français d’Ontario, à Ottawa.

« À l’époque, cela faisait plus de 20 ans que le gouvernement provincial grugeait les droits de la minorité francophone », explique l’historien Yves Frenette, directeur du Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa.

Lutte pour les droits scolaires

En 1885, le gouvernement provincial d’Oliver Mowat adopte une loi instituant l’anglais comme langue de communication dans les écoles ontariennes. Trois ans plus tard, tous les manuels français sont retirés de la liste d’ouvrages autorisés par le gouvernement. « Queen’s Park espérait alors que les Franco-Ontariens choisiraient l’assimilation, ce qui ne se produit pas », dit M. Frenette.

Avec la fondation de l’ACFÉO, les Canadiens-français d’Ontario réclament la reconnaissance de leurs écoles et du français comme langue d’enseignement, et l’ouverture d’écoles secondaires françaises.

La réponse du gouvernement sera tout autre : le Règlement 17 est adopté en 1913, il abolit formellement l’enseignement du français après la 2e année.

« Dès ce moment, l’ACFÉO – formée de l’élite politique, intellectuelle et religieuse francophone de l’époque – se mobilise, explique M. Frenette. La bataille des épingles à chapeaux fait partie de ce mouvement. Et ce sont les mêmes gens qui ont veillé à la création du journal LeDroit, en 1913. »

En février 1916, les instituteurs de l’École Brébeuf d’Ottawa débraient afin de manifester contre le Règlement 17, qui interdit l’usage du français comme langue d’enseignements Le Règlement sera invalidé en 1927. Courtoisie Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa – Fonds ACFO

En 1916, L’ACFÉO se rend jusqu’au Conseil privé de Londres – alors le plus haut tribunal pour le Canada – afin de contester le Règlement 17. Plus de 200 recours en justice seront entamés afin d’invalider le décret. « Elle en appelle même au Pape, puisque les écoles de langue françaises sont catholiques », dit M. Frenette.

En 1927, après une longue bataille, le règlement 17 cesse d’être appliqué par la province. Celle-ci n’a d’ailleurs jamais offert d’excuses formelles aux francophones.

En février 1916, les instituteurs de l’École Brébeuf d’Ottawa débraient afin de manifester contre le Règlement 17, qui interdit l’usage du français comme langue d’enseignements Le Règlement sera invalidé en 1927.

Courtoisie Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa – Fonds ACFO

Vers d’autres défis

Avec la fin du Règlement 17, l’ACFÉO se tourne vers d’autres enjeux de la vie des francophones de la province. L’organisme tient des recensements, afin de mieux connaître les gens qu’elle représente. « En 1938, l’ACFÉO appuie la famille des quintuplées Dionne lorsqu’elles sont mises sous la tutelle du gouvernement anglophone », dit M. Frenette.

Les années de l’après-guerre amènent un changement de la mission de l’ACFÉO. De nombreux autres groupes d’intérêts franco-ontariens voient le jour, alors que l’église occupe de moins en moins de place.

La naissance du nationalisme québécois et l’urbanisation y sont aussi pour beaucoup.

« Quand le Québec se tourne sur lui-même, l’ACFO devient la voix des francophones ontariens, qui prennent conscience de leur identité minoritaire. »

En 1969, l’ACFÉO abandonne la portion Éducation de son nom. Les communications, les services sociaux, la santé : tous les aspects de la vie sont maintenant dans la mire de l’ACFO.

À cette période, l’association, jusque-là surtout gouvernée par des notables, se démocratise.

En 1974, l’association demande à Queen’s Park de se pencher sur les services de santé en français. En 1975, on demande la mise sur pied d’une chaîne télévisée publique francophone. En 1977, elle réclame la création d’un réseau de conseils scolaires de langue française, ce qu’elle obtiendra en 1988. La Chaîne française de TV Ontario sera créée en 1987.

L’ACFO assume son rôle différemment dans les années 1980 et 1990 : l’heure est plus à la concertation qu’au combat, estime M. Frenette.

En 1989 est mise en oeuvre la Loi sur les services en français, qui accorde des services en français à la population, « là où le nombre le justifie ». L’année suivante, le premier collège de langue française de la province, La Cité collégiale, voit le jour.

Crise et renaissance

Mais tout n’est pas rose pour l’ACFO. Ses fonds s’amenuisent, tout comme sa légitimité. Le visage de la francophonie ontarienne a changé. En 2001, l’Ontario devient la seule province pour qui la gestion de l’Entente Canada-communauté n’est pas gérée par un organisme porte-parole provincial.

« L’ACFO avait été saignée à blanc. [...] Nous étions au bord du gouffre », se souvient l’ancien député Jean Poirier, président de l’ACFO lors de la crise.

M. Poirier est d’avis que l’ACFO n’était pas parvenue à s’adapter à la réalité du xxie siècle, notamment au niveau de la diversité culturelle. « La caisse était vide… J’ai pensé à ceux qui ont lutté contre le Règlement 17. On a travaillé fort, et on a remis ça en place », dit-il.

Après de longues négociations, l’ACFO se fusionne, en 2006, à la Direction Entente Canada-communauté Ontario. Avec la nouvelle Assemblée de la francophonie de l’Ontario (l’AFO), l’Ontario français parlera maintenant d’une seule voix.

Quatre ans plus tard, les délégués se rencontrent ce week-end à Mississauga. L’AFO profitera de l’occasion pour établir les grandes lignes d’un nouveau plan stratégique 2010-2015.

« Bien du chemin a été parcouru [...], mais le travail est loin d’être terminé », conclut M. Poirier.

Ce texte est paru dans le quotidien Le Droit, édition du 19 octobre 2009.

Author: Philippe Orfali

Philippe Orfali est journaliste. Il travaille actuellement au quotidien LeDroit d'Ottawa. Philippe Orfali is a freelance reporter, currently working for Ottawa's French-language daily newspaper LeDroit.
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